Mes premières recherches s’orientaient vers 3 aspects :
- Les notions de collection, d’accumulation réalisées par Don Juan semblent traduire son désir d’acquérir un certain pouvoir, son éternelle insatisfaction mais peut-être aussi sa peur de sombrer dans l’oubli.
Référence à l’oeuvre de Roman Opalka
et à une photographie de Denise Bellon :
- Dans le même ordre, les conquêtes en nombre de Don Juan m’apparaissent comme des femmes sans visages, sans identités. En effet, peu importe leurs personnalités, elles finissent toujours délaissées par Dom Juan.
Rf à Aziz au Cucher
ainsi qu’à Lawick et Muller :
- Enfin, le rapport ambigu entre Don Juan et la religion. D’un côté se trouve une société baignée dans la foi et la morale, qui tente à tous prix de lui faire adopter ses mœurs sans questionner leurs légitimités. Et de l’autre, Dom Juan, qui oscille entre choquer son monde par son athéisme ainsi que par son libertinage affirmé et lui faire croire qu’il s’est repenti en feignant d’être revenu dans le droit chemin de la religion.
Rf - Salvation de Duane Michals :
Enfin, l’œuvre de l’artiste Fontana a particulièrement retenu mon attention. Voilà, pour moi, la représentation même de Don Juan. Il est la brèche créant le bouleversement dans un tout uniforme. Cette brèche est à la fois : la mise en péril de la matière environnante mais qui ne suffit pourtant pas à faire effondrer le tout car cet acte volontaire reste isolé. Mais, cette brèche si elle ne finit pas par modifier la totalité, reste pourtant une empreinte, trace forte dans le temps et l’espace.
Don Juan est cet électron libre qui modifie ce qui l’entoure en ne rentrant pourtant jamais en contact avec les autres « atomes ». Malgré un semblant de progression dans cette fuite en avant, cet électron libre tourne en rond (la pièce commence dans son palais et termine dans son appartement). Se pose alors la question de la stérilité de ses actes de « rébellion », marqués par la perpétuelle répétition. Ainsi, cette idée se traduit ici par l’utilisation d’un même dispositif transformé à chaque scène.
ACTE I
Dom Juan est un créateur, il sculpte son monde suivant ces envies et ne semble jamais se plier aux règles. Il attire tous les regards. Ainsi, son palais est signifié par une dizaine d’arches qui s’éclairent l’une après l’autre sur son passage. Il se crée ainsi une percée dans l’obscurité. Ces arches bien que de grandes dimensions, ne le protègent de rien et surtout pas d’un avenir funeste. Elles évoquent également les arcades des églises. Don Juan se les approprie pour leurrer son monde.
Ces arches se resserrent à l’arrivée de Done Elvire, créant ainsi une alcôve autour d’elle, la plaçant ainsi en figure sainte qui tente d’alarmer Dom Juan sur ces déviances et contre le courroux possible du ciel. Mais Don Juan, avoue ouvertement s’en moquer.
Cet acte se déroule en milieu marin, c’est celui de la mouvance, du flot incessant des sentiments et du déchaînements des passions.
La brèche est présente cette fois-ci entre Don Juan, placé en hauteur et Charlotte qui serait bien tenté de sortir de son milieu paysan pour s’élever dans l’échelle sociale. Don Juan piétine la religion (symbolisée par les arches du 1er acte) en bafouant le saint sacrement du mariage qu’il promet une fois de plus, cette fois-ci à Charlotte.
ACTE III
A travers cette forêt d’arbres-femmes, ce sont toutes les conquêtes de Don Juan qui lui font office de décor. Elles tentent, en occupant physiquement son environnement de se remémorer à son esprit, comme pour lui signifier une fois de plus sa mort prochaine. Elles apparaissent alors comme des proies engluées dans leurs voiles noirs les reliant au ciel. Elles sont les mariées, veuves de l’amour de Don Juan. Le commandeur apparaissant à cour en fond de scène, fait partie intégrante de ce cimetière imaginaire, lui n’a pas perdu la considération de Dom Juan mais la vie. Don Juan niant ce présage, fera s’écarter les « femmes » sur son passage pour n’apercevoir que le côté légèrement saugrenu d’une visite au tombeau du commandeur.
ACTE IV
L’appartement de Don Juan se situe sur le proscénium. Voilà le seul lieu où il se trouve à l’abri, loin des présages et de la prégnance religieuse (la table, étirée volontairement, le plonge dans un rapport horizontal au monde et non plus à une verticalité liée au divin). Cet espace ouvert est dominé par l’idée de liberté (point de carcan), et de grands espaces (grandeur de l’esprit de Don Juan). Enfin Don Juan, placé en avant du cadre de scène, se rapproche du public et ainsi du présent avant de mourir.
ACTE V
Au dernier acte, le rideau se soulève et Don Juan remonte sur scène pour aller de plein gré à la mort. Elle se matérialise par un « trou noir » en fond de scène, placé au milieu des « témoins » venus assister à la fin de Don Juan, fin qu’ils attendent depuis si longtemps, punition méritée du ciel. Pourtant par cette mort, Don Juan s’élève symboliquement (montée des escaliers). Cette mort plongée dans la lumière chaude (aussi dorée que le feu qui le consume dans le texte originel) est à la fois la preuve de sa cause vaine à vouloir changer le monde et le moyen de le faire entrer dans l’Histoire. Don Juan, par cette mort volontaire, sort de l’oubli et marque le temps. Il disparaît ainsi au même endroit où il est apparu au début de la pièce.













