Dom Juan ou la mise en scène d’un mythe.

décembre 8, 2010

Dom Juan

ou

la mise en scène d’un mythe

 

 




L’espace scénique se divise en deux

-A cour, les loges des artistes sont posées (deux chaises devant une table portant deux miroir ainsi que le porte vêtement nécessaire aux costumes).

-A jardin, une scène de 5x1x5 (l/h/p) qui sont aussi les dimensions d’un ring de catch.

-Au lointain, a cour, un écran blanc

-Un acteur interprète Dom Juan et Sganarelle

-Deux acteurs interprètent tous les autres rôles

-Un acteur interprète le rôle du mendiant

-Les techniciens font office de suivants et apportent les accessoires

Premiers éléments de réflexion

Dom Juan et Sganarelle, une seule personne

Dramaturgie

-Dom Juan est un personnage politiquement incorrect.  Il se créé sa propre loi, se fixe ses objectifs sans se soucier du monde qui tourne autour de lui. L’objectif à atteindre (posséder l’autre) n’est qu’un prétexte à utiliser son pouvoir de séduction. Le chemin pour y arriver lui importe plus que le résultat. Il y a une forme de jouissance de la mise en oeuvre d’un processus de tromperie.

-Sganarelle, le suivant de Dom Juan est fourbe, joueur, trompeur. Dans la pièce, il outrepasse son rôle de suivant en donnant son avis, et en se permettant même de donner des leçons a son maître. Il jouit de sa position «d’exécuteur» de la volonté de son maître pour pouvoir réaliser ses fantasmes sous couvert.

Ces deux personnages peuvent donc se fondre en un. En effet, Sganarelle n’a pas de consistance physique dans la pièce, il n’entre jamais en contact direct avec les interlocuteurs de Dom Juan. Il est comme un filtre et n’intervient jamais réellement sur les corps.

Je choisis donc de le poser comme un bout de la conscience de Dom Juan.

Mise en espace

Dom Juan est en hauteur. Il ne quitte pas la scène. Les acteurs viennent le chercher sur cette «estrade», ils font l’effort de venir a lui.

Dom Juan et Sganarelle sont une seule personne, mais se distinguent spatialement. Dom Juan lorsqu’il parle en son nom, joue son rôle. Lorsqu’il parle au nom de Sganarelle, un caméraman prend en direct les images de l’acteur qui sont retransmises en direct sur  le grand écran à cour.

Les autres personnages

Dramaturgie

Il sont dans la société ce que l’on attends d’eux. Politiquement correct. Le frère venge le père tué, le créancier réclame son argent, la femme aime jusqu’à accepter de perdre son aimé, le père est autoritaire et intrépide…

Tous représentent donc l’image extérieure que l’on devrait avoir de ces archétypes. L’intérêt selon moi dans la pièce de ces personnages, n’est donc pas le développement d’une personnalité quelconque, mais le jeu qu’il vont produire pour Dom Juan. C’est leur capacité à dessiner par couches successives la personnalité de Dom Juan. C’est la confrontation directe de la morale et de l’ammoral.

Mise en espace

Deux acteurs interprètent donc tous les personnages indifféremment du sexe, de l’âge, de la condition sociale… Les costumes sont là pour donner les précisions.

Avant chaque scène, les comédien se vêtissent à cour, puis rejoignent Dom Juan sur le ring pour que démarre la «lutte». Puis ils repartent se changer.

Le mendiant

Le mendiant est une figure analogue a celle de Dom Juan et c’est précisemment cela qui choque. Malgré sa condition de moins que rien, il reste fidèle à ses croyances, et malgré son besoin, son but d’obtenir de l’argent, il a encore la capacité d’improviser et la sincérité de refuser ce qu’il attend.

Le mendiant est incarné par un acteur qui s’apparente formellement (costume) à la silouhette de Dom Juan.

Les techniciens

Pas de contact entre Dom Juan et les techniciens qui font office de suivants. Pour la scène avec Monsieur Dimanche par exemple, Dom Juan donne des ordres «en l’air», et ils apportent ce qu’il faut en jetant sur la scène les accessoires (fauteuil notamment). La seule personne qui ne quitte pas la scène dans la scène est Dom Juan, prisonnier de lui même, de sa condition de mythe, inébranlable. Il ne rentre en contact qu’avec des personnages, ces personnages qui ont permi de créer le mythe. Dès que ces personnages descendent du ring, ils redeviennent des acteurs sur scène.

Le catch

Le catch est un jeu séduisant auquel je m’intéresse beaucoup. Notamment la «Lucha Libre», catch mexicain.

Le catch est un lieu du spectacle aujourd’hui et marche de manière à mettre en scène le spectacle lui même.

Le but à atteindre est déjà défini. Les vainqueurs sont désignés avant même que le match débute. Le but importe donc peu, mais c’est la manière d’y arriver qui est intéressante. Improvisation, prises, les catcheurs redoublent d’imagination et de ruses.

Le catch parle avant tout de théâtre. Un contrat est signé entre le spectateur et les organisateurs : tout est faux et on le sait, mais on vibre, et on crie, on attend.

Le question du mythe au quotidien est très présente, notamment dans la Lucha libre, où les plus grand catcheurs sont masqués et peu connus dans leur identité réelle du grand public. Et pourtant de nombreuses personnes s’identifient à ces «héros» quotidiens (puisqu’il y a des matchs presque toutes les semaines).

Le catch permet également de scénariser le quotidien, puisque le ring n’est pas le seul lieu d’affrontement : des vidéos sont tournées hors ring entre les protagonistes, qui se provoquent dans la rue ou même dans les bureaux de l’organisation de la WWE (World Wrestling Entertainment).

Le match se poursuit donc après que le show soit achevé. Cette question se pose pour Dom Juan : Où s’arrête le mythe, où s’arrête le spectacle?

Cf Guy Debord : la société du spectacle.


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